Pierre Riou

Le printemps de la photo au Havre

Pierre Riou

Mes illuminations.

Je ne choisis pas le réel. En revanche, je choisis  de quel imaginaire je l’habille…

Drôle d’idée au temps du numérique de sembler vouloir faire un retour en arrière en exposant en Noir et Blanc …ou presque.
La simple idée « d’enregistrement » par l’appareil photographique installe  une distance entre le réel et sa représentation, même si ne s’interpose entre eux que l’instrument, « l’objectif » (un comble, l’objectif peut il être subjectif ?).
Je photographie en  découpant l’espace,  choisissant l’instant, la profondeur du champ, disposant la lumière et  ordonnant le sujet.
C’est l’instant magique, le cœur bat plus vite, l’essoufflement gagne, émotion, déclic, la photo est  bien une création.

Rien en elle ne nous rapproche du réel, peut être même nous en éloigne-t-elle, il y a une telle part de mon moi intérieur dans ce geste élémentaire d’appui sur ce bouton de déclenchement que la distinction de l’imaginaire et du réel tend à s’abolir.
Déclenchement, si le pinceau du peintre est un acte raisonné, l’acte photographique est une pulsion, un déferlement des sens.

Le peintre remplit son espace, le photographe choisit, découpe et élimine.

Cartier Bresson parle d’acte orgasmique.

Une transposition, une abstraction, pourquoi pas une illumination (hallucination), le réel est bien loin.

Je veux par mes photographies ouvrir les portes à l’illusion, les taches de couleurs (que j’espère signifiantes) ouvrent de nouvelles pistes pour pénétrer au delà du miroir, pour entrer dans une dimension nouvelle, rejoignant de cette façon tous les territoires de nos imaginaires.

Je tente d’apporter cette part d’émotion qui conduit le réel vers le rêve et l’illumination.

En tant que photographe je prends la parole visuellement dans le monde.

Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bouclés, d’autres descendant en obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s’abaissent et s’amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D’autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent, et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d’autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d’hymne publics? L’eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.

ARTHUR RIMBAUD LES ILLUMINATIONS.

Lieu d’exposition
Créapolis
79 avenue René Coty, 76600 Le Havre
 02 35 22 87 50
http://www.creapolis-photo.fr/